Les changements climatiques sont là pour rester, et leurs répercussions posent différents défis aux collectivités d’un bout à l’autre du pays. Qu’il s’agisse d’inondations ou de feux de friches, les effets des changements climatiques peuvent causer des dommages dévastateurs aux infrastructures physiques et perturber considérablement la chaîne d’approvisionnement et la vie quotidienne de la population. La reconstruction et le rétablissement sont souvent un processus lent et coûteux. Alors, comment les collectivités locales peuvent-elles mieux se préparer à résister à des phénomènes climatiques plus fréquents et plus brutaux?

Les stratégies d’adaptation et de résilience climatiques permettent aux collectivités locales de construire ou d’améliorer les infrastructures communautaires afin qu’elles puissent résister aux impacts de températures ou de conditions météorologiques extrêmes, et ce, dans un monde où l’« extrême » deviendra la norme. Le climat évoluant à un rythme 10 fois plus rapide que jamais, les responsables des infrastructures publiques ne peuvent plus s’appuyer sur les données météorologiques historiques ni sur les approches traditionnelles pour formuler leurs hypothèses de planification. Les collectivités locales doivent aujourd’hui se projeter dans l’avenir pour prévoir et préparer de nouvelles stratégies durables.

Planification de l’adaptation et de la résilience climatiques

En décembre 2020, le gouvernement du Canada a publié son plan climatique renforcé, Un environnement sain et une économie saine. En vertu de ce plan, il s’est engagé à élaborer la première Stratégie nationale d’adaptation du Canada , en collaboration avec les gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux, ainsi qu’avec les peuples autochtones et d’autres parties clés.

Il a ainsi été possible d’établir les nouvelles mesures à prendre pour renforcer la résilience et atténuer les effets des changements climatiques, à savoir :

  1. Traduire les informations scientifiques et les connaissances traditionnelles en actions
  2. Renforcer la résilience aux effets des changements climatiques par le biais des infrastructures
  3. Protéger et améliorer la santé et le bien-être des personnes
  4. Aider les régions particulièrement vulnérables
  5. Réduire les dangers et les risques de catastrophes liés au climat

Cette stratégie d’adaptation nationale, dont la publication est prévue à la fin de l’année, constituera une ressource précieuse pour éclairer et soutenir les administrations locales et d’autres instances qui déploient des efforts d’adaptation et de résilience. Cette stratégie, et d’autres, sont soutenues par des niveaux records d’investissement en capital, tant au palier fédéral que provincial. De nombreuses administrations locales ont déjà préparé, budgétisé et hiérarchisé des plans d’adaptation et de résilience climatiques – tandis que d’autres, à leurs risques et périls, ont fait très peu à cet égard.

Planification de la résilience et des ressources

L’auteur et futurologue, Jamais Cascio résume parfaitement l’objectif de la planification de la résilience. Selon lui, « la résilience consiste à être capable de surmonter l’inattendu. La durabilité est une question de survie. L’objectif de la résilience est de s’épanouir. » C’est un aspect que les gouvernements locaux doivent prendre en compte lorsqu’ils réévaluent les infrastructures communautaires. Tous les biens construits peuvent-ils résister aux changements climatiques et aux phénomènes météorologiques extrêmes? L’infrastructure existante peut-elle continuer à fonctionner pendant tout le reste de sa durée de vie? L’infrastructure prévue tient-elle compte des conditions météorologiques qui seront les nôtres à l’avenir? Les services essentiels seront-ils compromis, et les réseaux de transport et les chaînes d’approvisionnement seront-ils perturbés? La sécurité publique sera-t-elle menacée?

La question est de savoir si l’on veut investir aujourd’hui relativement peu pour se préparer à l’inévitable ou si l’on préfère réagir demain à un phénomène météorologique susceptible d’entraîner des répercussions de grande ampleur et qui coûteront très cher. Les collectivités locales doivent évaluer les effets que les changements climatiques pourraient avoir sur leur territoire, leur capacité à réagir aux phénomènes météorologiques, les ressources disponibles pour améliorer les mesures de résilience et leur capacité à normaliser l’adaptation au climat dans les opérations et services quotidiens.

En plus d’agir elles-mêmes, les collectivités locales peuvent également envisager une collaboration à l’échelle régionale, car les mesures d’adaptation localisées peuvent avoir des répercussions importantes, et potentiellement négatives, sur les collectivités voisines. En incluant des perspectives régionales, les collectivités locales peuvent s’aligner stratégiquement sur les administrations voisines pour tenter de créer des synergies, en particulier lorsqu’il s’agit d’obtenir du financement de la part des paliers supérieurs de gouvernement ou d’ailleurs.

L’adaptation et la résilience climatiques sont, dans les faits, un parcours aux multiples facettes. Un document publié récemment par Environnement et Changement climatique Canada intitulé Il faut s’en parler : Un guide de discussion pour les gouvernements sur l’adaptation aux changements climatiques propose de démarrer par les étapes suivantes :

  1. Rechercher et lancer le processus d’adaptation climatique
  2. Identifier les impacts des changements climatiques et réaliser les analyses de vulnérabilité ou de risque face aux changements climatiques.
  3. Déterminer les actions, programmes, politiques et processus appropriés pour s’adapter aux impacts des changements climatiques
  4. Commencer à mettre en œuvre des mesures ou un plan d’adaptation
  5. Suivre et évaluer les mesures mises en œuvre ou le plan d’adaptation aux changements climatiques

Les activités qui sous-tendent ces étapes sont essentielles et peuvent exiger des efforts considérables en fonction des interactions régionales, de la maturité de l’organisation et du nombre d’actifs physiques relevant de la compétence d’une administration locale.

Les trois tâches clés que toute collectivité locale ou organisation possédant plusieurs actifs doit effectuer avant de pouvoir commencer sont les suivantes :

  1. Établir un cadre de gestion des actifs
    Pour commencer, il est nécessaire de dresser un inventaire détaillé de ses actifs. Pour faciliter la hiérarchisation des priorités, il faut comprendre le rôle et l’interrelation des différents types d’infrastructures, ainsi que des systèmes plus larges qu’elles soutiennent. Il faut aussi connaître l’état de chaque actif, sa durée de vie restante et sa valeur de remplacement. Étant donné qu’il s’agit d’un élément essentiel à l’élaboration d’une stratégie d’adaptation solide, il est conseillé aux collectivités locales et aux organisations qui ne disposent pas d’un cadre de gestion des actifs ou qui n’ont pas la capacité ou les outils pour en mettre un en place, de demander des conseils et un soutien externes.
  2. Confier l’évaluation des risques climatiques à des experts
    Munies d’une liste d’actifs hiérarchisés, les collectivités locales peuvent ensuite évaluer les répercussions que pourraient avoir les changements climatiques sur les infrastructures jugées « hautement prioritaires » ou critiques. Grâce à une évaluation de la vulnérabilité, les propriétaires d’actifs peuvent s’appuyer sur l’expertise spécialisée des climatologues et des professionnels de l’ingénierie des infrastructures pour cerner et atténuer les risques liés aux actifs vulnérables. Le protocole du Comité sur la vulnérabilité de l’ingénierie des infrastructures publiques (CVIIP) est l’un des outils les plus importants et les plus formels dont disposent les ingénieurs pour évaluer la vulnérabilité des infrastructures et cerner les mesures d’adaptation au climat.
  3. Créer un cadre de gouvernance de projet solide
    Une fois que l’on a établi une liste confirmée des projets prioritaires d’adaptation des infrastructures, l’étape suivante consiste à évaluer la capacité et l’aptitude du personnel interne à prendre en charge ce programme de travail. Étant donné que de multiples parties prenantes internes et externes collaborent généralement à la mise en œuvre d’une stratégie d’adaptation climatique, il est fondamental de disposer d’un cadre clair de gouvernance de projet pour en assurer le succès. Un cadre de gouvernance de projet comprend une structure organisationnelle et de plusieurs équipes, ce qui facilite la collaboration, la responsabilisation et la prise de décision en temps voulu.

Grâce à ces trois étapes, les collectivités locales sont mieux informées et préparées à élaborer une solide stratégie d’adaptation au climat. Les impacts des changements climatiques ne vont pas diminuer de sitôt, mais il existe des ressources disponibles pour aider les organisations de toutes tailles à s’attaquer à ce problème important. En investissant dès maintenant dans la préparation au climat et la planification de l’atténuation, les collectivités locales font le choix clair de s’adapter et de surmonter les défis à venir.