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Résilience au changement climatique au Nouveau-Brunswick : La chute et l’ascension du pont de la rivière Kouchibouguac

Par Alain Grégoire

Les paysages grandioses du Canada constituent l’un de ses plus grands atouts. Cependant, en raison de l’étendue géographique de notre pays, les effets du changement climatique peuvent être très différents d’une région à l’autre, ce qui rend difficile la mise en place d’infrastructures résilientes dans chaque province et territoire. Ces dernières années, de nombreuses régions du Canada ont connu un nombre record d’incendies de forêt et d’inondations. L’Ontario a récemment reçu le surnom de « capitale canadienne des tornades », et le Canada atlantique a vu augmenter la fréquence et la gravité des vents violents, des inondations et des ondes côtières.

J’ai récemment collaboré avec nos clients du ministère des Transports et de l’Infrastructure du Nouveau-Brunswick pour prendre la parole lors de la conférence annuelle de l’Association des transports du Canada (ATC). Dans le cadre d’un segment sur l’atténuation du changement climatique, nous avons discuté de la résilience au changement climatique au Nouveau-Brunswick — en particulier des stratégies qui influencent la prise de décision critique et des pratiques qui ont permis à notre équipe de reconstruire le pont de la rivière Kouchibouguac en un temps record.

Pont no 1 de la rivière Kouchibouguac

Lorsque l’ouragan Dorian a frappé le Nouveau-Brunswick en septembre 2019, la province a subi plus de 25 millions de dollars de dommages. Le pont no 1 de la rivière Kouchibouguac est un pont de banlieue de 95 mètres. Il s’agit d’un lien vital pour la collectivité de Cap-Acadie et son secteur touristique. Il a été lourdement endommagé par l’ouragan, ce qui a entraîné sa fermeture immédiate et indéfinie.

Le ministère des Transports et de l’Infrastructure du Nouveau-Brunswick a rapidement commencé à élaborer des stratégies pour remédier à la perte du pont. En novembre 2019, le gouvernement provincial a obtenu du financement par l’entremise du Programme d’aide financière en cas de catastrophe (AAFCC), un programme fédéral-provincial de partage des coûts conçu pour créer des solutions temporaires et à long terme pour la collectivité.

En mars 2022, le Ministère a opté pour l’installation d’un pont modulaire temporaire pour que le trafic reste fluide. Il a par la suite proposé une solution à plus long terme consistant à reconstruire le pont à l’aide d’un modèle de réalisation de projet de conception-construction. L’équipe de projet a travaillé en fonction de l’empreinte d’origine du pont pour mettre au point une solution novatrice, rentable et tenant compte de la résilience climatique, assurant une durée de vie de 100 ans à l’actif. Construite deux mètres plus haut que le pont d’origine, la nouvelle structure a officiellement ouvert ses portes au public en novembre 2023.

Principaux enseignements

Le projet du pont de la rivière Kouchibouguac est un excellent exemple de la manière dont une province peut répondre rapidement aux besoins de la collectivité en s’appuyant sur une stratégie solide pour déterminer une orientation, évaluer les risques, classer les priorités du projet et, en fin de compte, trouver des solutions à court et à long terme à des problèmes comme l’embâcle et l’élévation du niveau de la mer.

Quatre grandes leçons ont guidé cette initiative provinciale vers le succès et ont aidé l’équipe à atteindre les objectifs du projet.

1. Il est primordial de mobiliser les parties clés.

Il faut mobiliser rapidement les protagonistes autour de la planification et entretenir la communication dans les deux sens pendant toute la durée du projet. Ces deux principes sont essentiels à la réussite du projet. Il est essentiel de s’assurer que les différentes parties, quel que soit leur palier, et les groupes concernés comprennent et partagent les mêmes grandes préoccupations afin de pouvoir travailler en équipe pour atténuer les risques et relever les défis du projet.

Lors de la reconstruction du pont, l’une de nos principales préoccupations était de bien comprendre les conditions environnementales et de prendre les mesures pertinentes pour protéger le terrain et ses écosystèmes. Avec des zones humides protégées, des herbiers de zostères et d’huîtres, des sites historiques et des zones des Premières Nations écologiquement sensibles à proximité, il fallait mobiliser et consulter plusieurs parties, non seulement pendant les phases de planification du projet, mais aussi pendant les phases de conception et de construction, afin de s’assurer que les activités de construction ne perturbent pas le paysage environnant.

2. La conception-construction favorise l’efficacité des projets.

Restez sur la bonne voie et économisez du temps et de l’argent en commençant par un examen approfondi du processus, en plus d’une analyse des options et de l’environnement.

Une fois qu’il est apparu clairement que le meilleur plan d’action était de surélever et de reconstruire le pont, nous avons travaillé en étroite collaboration avec le ministère des Transports et de l’Infrastructure pour évaluer différentes méthodologies et sélectionner l’approche qui répondait le mieux aux besoins de la collectivité et du projet. Compte tenu de plusieurs contraintes liées au projet — notamment la nécessité de respecter l’empreinte du pont existant — nous avons fait appel à l’expertise du secteur pour trouver des solutions innovantes susceptibles de faire avancer le projet. En rédigeant avec soin l’énoncé des besoins du maître d’ouvrage, nous avons établi un ensemble strict de contraintes de projet et sélectionné un concepteur-constructeur qui a proposé une solution respectant le budget et les exigences. Cette approche nous a permis de déterminer ce qu’il était possible de faire et de sélectionner une entité unique (plutôt que des équipes de conception et de construction distinctes) susceptible de faire avancer le projet plus rapidement que si l’on avait opté pour une approche de conception-soumission-construction ou d’autres modèles comparables.

3. Il faut se préparer maintenant aux réalités de demain.

Il n’est jamais trop tôt pour se préparer à l’avenir.

Les catastrophes naturelles surviennent sans avertissement et peuvent, en l’espace de quelques minutes, avoir de graves répercussions sur une collectivité et ses infrastructures essentielles.

Pour que les infrastructures résistent à l’épreuve du temps, nous devons planifier les réalités d’aujourd’hui, y compris les défis liés à l’inflation, aux budgets d’investissement et aux contraintes de financement. Nous devons aussi réfléchir à ce qui pourrait se produire à l’avenir. On s’est par exemple demandé si le fait de relever et reconstruire le pont de la rivière Kouchibouguac dans son empreinte actuelle permettrait à la structure de résister à l’élévation du niveau de la mer, aux conditions météorologiques extrêmes, aux ondes de tempête et à l’embâcle au cours des 100 prochaines années.

À l’aide de données relatives au changement climatique, on peut concevoir des infrastructures qui résisteront aux réalités du futur. Les gouvernements locaux et provinciaux qui participent à des conversations ouvertes et à des tribunes de l’industrie peuvent ainsi entrer en contact avec des spécialistes qui connaissent des solutions novatrices permettant d’accélérer l’exécution des projets et de tenir compte de la résilience au changement climatique.

4. L’industrie se dirige vers des approches plus collaboratives.

Le secteur de la construction évolue et les modèles de prestation de services collaboratifs gagnent en popularité.

L’approche de la conception-construction évolue et devient plus collaborative. Des méthodes telles que la conception-construction progressive ou la réalisation de projets intégrés (RPI) permettent de mobiliser rapidement les entrepreneurs. Si l’industrie participe activement au projet dès les premières étapes, elle peut trouver des solutions de rechange et repérer d’éventuels problèmes de constructibilité, ce qui réduit, voire élimine, les réclamations et les ordres de modification grâce à une approche risque-récompense partagée. Choisissez l’approche la plus susceptible de répondre aux besoins de votre projet. De plus, avant de commencer les travaux, évaluez la meilleure formule en matière de transfert de risque. À mesure que les modèles de collaboration gagnent du terrain, l’industrie devient plus apte et plus ouverte à assumer un certain niveau de risque.

Le projet du pont n 1 de la rivière Kouchibouguac illustre parfaitement comment un gouvernement provincial peut avoir recours à la planification, la stratégie, la collaboration industrielle et l’innovation pour soulever et reconstruire une importante liaison de banlieue. Les dommages causés par l’ouragan Dorian ont posé plusieurs défis à la province, mais les efforts de rétablissement ont permis à notre équipe de projet de tirer des leçons précieuses que nous mettrons à profit pour continuer à aider des collectivités à construire des infrastructures plus solides et plus résilientes.

Vous voulez en savoir plus? Les membres de l’Association des transports du Canada (ATC) peuvent accéder à l’intégralité de la retransmission en direct — CC.2 Adaptation au changement climatique via le portail virtuel. Les autres peuvent envoyer leurs questions ou commentaires par courriel à info@colliersprojectleaders.com.